Archive mensuelle août 24, 2026

ParKevin BIKATAL

NKO EJU : Échos du murmure , clôt cinq semaines de magie et de mémoire

14-1024x548 NKO EJU : Échos du murmure , clôt cinq semaines de magie et de mémoire
Première de NKO EJU | août 2026

Il y a des spectacles qui divertissent, et il y a ceux qui réveillent. Samedi 1er aout dernier, le rideau du Laboratoire de Théâtre OTHNI de Yaoundé est tombé sur NKO EJU : Échos du murmure; le spectacle de clôture du camp de vacances Holiday Dreams Cameroun. Pendant 50 minutes, 35 enfants âgés de 4 à 16 ans ont transformé une douloureuse actualité – la disparition d’enfants – en une fresque orale, musicale et visuelle d’une puissance rare.

Plus qu’une restitution d’ateliers, NKO EJU s’impose comme un acte artistique majeur de ces vacances.

29 JUIN : Le commencement d’un murmure

Dans les salles du campus du GSB Marianne & Paul, à Yaoundé, les encadreurs n’ont pas distribué de programme de vacances. Ils ont posé une question : Où vont les voix qu’on n’entend plus ?

Pendant cinq semaines intensives, le camp a plongé ses vacanciers dans l’âme de la Région du Sud-Ouest, loin des clichés touristiques. Six ateliers, une même boussole : raconter la disparition non pas par le fait divers, mais par le vide culturel et émotionnel qu’elle laisse.

Une création collective :

Au fil des semaines, les ateliers Danse Patrimoniale et Art Oratoire / Théâtre ont enseigné aux enfants que dans la tradition Oroko, Bakweri et Bayangi, un enfant n’appartient pas à une famille, il appartient au village. Sa disparition est un livre qui brûle, un mouvement qui s’abrège.

Dans l’atelier balafon, ce n’est pas juste un instrument mais le GPS spirituel. Chaque lame frappée est un appel. Les chants, polyphonies en pidgin, en Kenyang et en Lotanga, imitent les appels des mères au crépuscule. On y enseigne que la musique du Sud-Ouest est d’abord une cartographie orale.

Les percussions rythmiques (tambours, bancs traditionnels, pieds nus) quant à elles reproduisent l’angoisse de la recherche à travers le rythme saccadé, haletant joué. Puis, progressivement, les rythmes se synchronisent. Le message est clair : l’unité fait le volume. Un enfant perdu seul est un murmure, ensemble nous sommes une clameur.

L’atelier Fashion Creativ’ pour sa part constitue un choc esthétique. Lorsqu’il entre en scène, les enfants ne cousent pas seulement des costumes, ils tressent des brassards, peignent et décolorent des bannières. On peut remarquer des motifs de Nsibidi, et chaque blason porte 1 couleur et les motifs de vie – eau – courage – unité – royauté – musique – tortue – araignée. Le blason devient l’armure symbolique de l’enfant qui refuse de disparaître et la mode devient mémoire.

Les semaines 4&5 consacrées à l’assemblage de NKO EJU dans les détails.
Tout se lie, le théâtre apporte le récit d’un enfant qui disparait. La danse raconte le monde qui l’avale. Le balafon et les percussions sont ceux qui la cherchent. Le chant est sa voix qui revient en écho. Et le fashion creativ est ce qui entretient son souvenir et l’imprime plus fort dans les mémoires.

Le Spectacle : Quand le murmure devient écho

Sur scène, le décor est là performance de l’atelier fashion creativ (bannière et affiches) et de l’atelier percussions (tambous et tabourets traditionnels). Un sol noir, un cercle de lumière.

Le spectacle s’ouvre sur les mimiques d’une scène du quotidien dans une gare routière de Yaoundé. Puis la symbolique du changement d’écosystème et de ville par la symbolique d’un bus en mouvement.
Puis un silence, déchiré par les premières notes émotives de nko eju, cette ode aux disparus (https://urls.fr/MWjn_k ). Deux danseuses, pieds nus, exécutent une danse Malle au ralenti. Autour d’elles, une trentaine d’enfants chantent, la même voix, décalée. C’est le vertige de l’absence.

Ensuite, le jeu et la narration basculent. Les jeunes orateurs, ne jouent pas la tristesse. Ils jouent la colère noble, avec des textes en français, anglais et pidgin : « Wu na di hear the whisper. », ponctués de moments prenants de danse et de musique.

Le moment le plus fort reste l’échange des 35 enfants avec les spectateurs pour discussion et partage d’expérience.

Et vient autres le moment de résolution de la pièce: les balafons font raisonner des notes joyeuses comme un espoir de retrouvailles et de renaissance, un Nko eju plus entraînant que la salle ne se privera pas de chanter à tue-tête:  » Nko ejuuuu, nko ejuuu, nko ejuuu ».

Holiday Dreams Cameroun réussit ici un pari audacieux : faire d’un camp de vacances un laboratoire de citoyenneté culturelle. Loin de l’infantilisation, il a donné aux enfants les outils les plus sophistiqués de leur propre culture nationale pour parler d’un fléau contemporain.

Le spectacle NKO EJU : Échos du murmure n’est pas la fin d’un camp. C’est le début d’un langage, le début d’une aventure sur l’année qui ouvrira la porte sur le prochain défi culturel qu’Holiday Dreams Cameroun attaquera à la prochaine saison dès Juin 2027.